MA VIE MISE EN SUSPENS

Mon dernier souvenir remonte à 40 jours plus tard, à l’hôpital, quand mon fils m’a tapé sur l’épaule et m’a dit : « Papa, je te ramène à la maison aujourd’hui. » J’étais totalement désorienté. J’avais eu un anévrisme cérébral massif. Mes capacités à raisonner ayant diminué, il m’était beaucoup plus difficile de fonctionner. J’étais pratiquement comme un robot qui fait simplement ce qu’on lui dit. J’avais perdu beaucoup de poids et j’avais de la difficulté à faire de simples choses comme monter et descendre les escaliers.

Tout le monde était très inquiet pour moi. Au début, je pensais que les gens de ma famille s’en faisaient trop et qu’ils exagéraient, mais petit à petit, j’ai compris que cet anévrisme était grave. Alors qu’ils me racontaient tous les détails, j’ai réalisé qu’ils avaient eux aussi subi un traumatisme.

Mon épouse, Elma, m’a raconté ce qu’elle avait vécu : « Quand ma fille m’a appelé et que j’ai réalisé que Don était aux urgences, j’ai marché jusque chez notre fils qui habite tout près. Ma bonne amie était là-bas, je me suis jetée dans ses bras et j’ai beaucoup pleuré. Ce fut le pire moment pour moi. J’ai été en état de choc pendant trois semaines. Je disais souvent aux enfants : “Dites-moi ce que je dois faire et je le ferai.” Ils ont automatiquement pris sur eux de soutenir Don, mais durant les trois premières semaines, nous ne savions vraiment pas s’il survivrait. Il s’agitait sur son lit, alors on devait l’attacher. Il a subi trois interventions chirurgicales au cerveau et on a dû lui poser un shunt pour dévier le liquide autour de son cerveau. Il était vraiment difficile avec tout le monde. Nous avions peur de le perdre, qu’il soit différent ou qu’il ait une déficience mentale s’il survivait. »

Cela m’a rendu très reconnaissant! J’aurais pu mourir. Les anévrismes laissent souvent de graves séquelles mentales ou physiques permanentes. Les victimes peuvent même devenir agressives verbalement et physiquement avec ceux qu’elles aiment. J’ai été épargné de ces séquelles.

Et si cela se produit à nouveau et que c’est encore pire?

Je voyais chaque jour des améliorations, je retrouvais ma mobilité et mes facultés mentales plus vite que prévu. Ma famille m’a énormément aidé. J’ai eu un ergothérapeute formidable qui a fait une énorme différence et un physiothérapeute qui a grandement pris part à l’amélioration de ma condition physique. J’étais vraiment reconnaissant de me rétablir aussi rapidement. Après seulement un mois, je suis retourné au travail à temps partiel.

Cependant, il y a encore des incertitudes. Elma a rencontré un homme à l’hôpital qui avait eu une récidive et ses facultés sont significativement diminuées, et ce, de façon permanente. Quand je suis fatigué ou que j’ai une toux, elle est hypervigilante et elle veille à ce que je prenne soin de moi. Elle a peur de me perdre si cela se produit une seconde fois. Il y a des jours où je peux lire l’inquiétude sur le visage d’Elma. Bien sûr, je vais mieux, mais au fond de son esprit, il y a toujours la question : « Et si cela se produit à nouveau et que c’est encore pire? ».

Si vous ou une personne que vous aimez souffrez des séquelles physiques ou émotionnelles d’un traumatisme, il est réellement bénéfique d’en parler à quelqu’un. Vous n’êtes pas seul, nous avons nous aussi été confrontés à cela. Si vous laissez vos coordonnées ci-dessous, quelqu’un vous contactera pour vous écouter et vous offrir un soutien.