JE NE VEUX PAS ÊTRE TOI, PAPA

Il y a environ 15 ans, mon père m’a fait asseoir sur les marches d’escalier de l’appartement de ma grand-mère pour une « petite discussion. » Les détails de la conversation ne sont plus très clairs maintenant, mais les sentiments — même un demi-siècle plus tard — refont surface et menacent de m’étouffer lorsque j’y pense.

Plusieurs semaines plus tôt, ma sœur et moi avions quitté le ranch où nous avions grandi dans le Nebraska, pour emménager en ville. Dès notre arrivée, mes parents ont commencé à voyager presque chaque semaine dans le Kansas et le Colorado afin de trouver une municipalité où nous pourrions nous installer.

Même si c’était difficile pour ma sœur et moi de perdre notre liberté d'enfance à la campagne — nous avions quitté notre maison que nous avions toujours connue et aimée — je me suis lancé dans l’aventure. Je ne savais pas vraiment à quoi ressemblerait la vie en ville, mais ça ne pouvait qu’être une nouvelle expérience intéressante. J’avais déjà découvert que les patins à roulettes glissaient beaucoup mieux sur les trottoirs de la ville que sur notre allée en gravier. En outre, être avec notre grand-mère maternelle chaque jour et chaque nuit était un moment précieux pour nous, surtout quand nos parents étaient absents.

Quand mon père m’a appelé pour la conversation fatidique en cette journée ensoleillée de printemps, je ne savais pas à quoi m’attendre. C’était peut-être la décision que nous, les enfants, attendions concernant notre nouveau lieu d’habitation. Ou peut-être que j’avais fait quelque chose de mal. Papa avait l’air sérieux.

Il a dit que nous allions demeurer dans la petite ville de ma grand-mère. Nous allions quitter le ranch pour de bon. Même si cela m’attristait, ce serait aussi une aventure… jusqu’à ce qu’il lâche la bombe qui a fait exploser mon petit monde : mon père ne restait pas avec nous! Il s’en allait et mes parents se séparaient. C’était totalement inattendu et cela m’a profondément ébranlé.

Il pouvait abandonner ses responsabilités, mais il n’avait pas le droit de me les confier.

J’étais encore bouleversé par le fait que mon papa, l’homme de notre famille, nous abandonne, quand il a lâché la deuxième bombe qui m’a complètement brisé jusqu’à ce jour. Il s’attendait à ce que son « petit homme » se lève, entre en scène et devienne le nouvel homme de la famille. Je ne me rappelle pas les mots exacts qu’il a utilisés pour me communiquer cette attente, mais je n’oublierai jamais la crainte qui m’a envahi à ce moment-là.

En plus de la peur paralysante qui montait en moi, la colère et la rébellion ont aussi commencé à inonder mon cœur d’enfant. Je sentais monter en moi le refus de cette charge — un cri de protestation de mon âme de petit garçon. Ce n’était pas juste! Ce n’était pas mon travail! Ce n’était pas correct de me demander de faire ça!

J’ai décidé, à ce moment précis, que je n’allais pas le faire. Il pouvait abandonner ses responsabilités, mais il n’avait pas le droit de me les confier.

Parfois, en y repensant, je me demande pourquoi je n’ai pas relevé le défi, malgré mes peurs. Après tout, il y a beaucoup histoires de garçons dont les papas sont allés à la guerre, ou sont même décédés. En dépit de cela, ils ont été en quelque sorte capables d’être des hommes et de prendre soin de leurs mères et de leurs jeunes frères et sœurs. Qu’est-ce qui n’allait pas chez moi? Étais-je faible?

Avec le recul, je ne le pense pas. Ces garçons ont été élevés par leurs pères pour devenir des hommes un jour. Quand le défi est survenu, aussi effrayant que cela ait pu être, dans un certain sens, ils étaient prêts. Mon père avait toujours été distant, impatient et hésitant face à son rôle d’homme. Il ne m’avait pas préparé et j’ai ressenti le vide. Il m’a enseigné à fuir; c’est ce que je l’avais vu faire.

À l’intérieur de moi, j’ai pris la clé des champs. Cette décision a affecté ma capacité à développer des amitiés profondes et des relations amoureuses. Au fond de moi, je voulais être un vrai homme et un guerrier, quelqu’un sur qui on pouvait se fier. Cependant, comme je faisais face à de grands défis, surtout dans les relations amoureuses, je préférais me fondre dans le décor — et être le plus discret possible.

Y a-t-il de l’espoir pour un gars qui fait l’autruche comme moi?

Cette incapacité à me conduire en homme lorsque ma femme avait vraiment besoin de compter sur moi est devenue une habitude nocive que nous continuons de combattre encore aujourd’hui.

Y a-t-il de l’espoir pour un gars qui fait l’autruche comme moi? Oui, je dois dire qu’il y en a, mais le changement vient lentement et péniblement. Cela signifie faire face à mes peurs tous les jours et choisir de les surmonter peu à peu au lieu de m'éclipser. Après 50 ans à fuir et me cacher, ceci n’a pas été facile.

Je suis si reconnaissant envers mes amis et ma famille qui ont compris mes faiblesses, accepté mes excuses et sont restés à mes côtés tout au long du lent processus de guérison. Maintenant, la plupart du temps, je me sens homme, mais il m’a fallu des décennies pour atteindre ce point et beaucoup de bienveillance de la part de ceux qui m’aiment.

Fais-tu face à des problèmes dus au fait d’avoir grandi dans une famille brisée? Il y a de l’espoir pour toi. Cela peut prendre du temps, mais nous avons des mentors qui sont prêts à t’écouter et à t’aider à t’engager sur la voie de la guérison. Remplis le formulaire ci-dessous et on te contactera très bientôt.

Source de la photo Chris Benson

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