Un fardeau écrasant

Je suis enfant unique de ma mère, qui a souffert pendant 27 ans de problèmes de santé mentale. Cette maladie compte parmi les plus terribles au monde parce qu’elle détruit non seulement une vie, mais aussi toute une famille, surtout lorsqu’un parent en souffre.

J’avais à peine un an lorsque ma mère a vécu son premier épisode de maladie mentale. Elle a été suivie par de grands médecins, y compris un professeur de renom.

Parfois, pendant ses rechutes, elle sortait de la maison pour ne rentrer qu’après quelques jours. Sa parenté, fatiguée par cette situation, s’occupait d’elle de moins en moins.

Adolescent, j’ai pris la relève tout seul en surveillant ses moindres faits et gestes, ses prises de médicaments et ses sauts d’humeur. C’était moi qui l’amenais à l’hôpital pendant ses rechutes. Cette situation me présentait deux grands défis à relever : m’occuper de ma mère et du foyer, et me battre pour mon avenir. Seul, sans soutien familial.

Dépassé à plusieurs reprises, il m’est plusieurs fois arrivé d’en vouloir à ma mère.

Inutile de compter le nombre de fois pendant ces rechutes qu’elle débarquait à mon école, parfois presque nue et en criant pour me voir en récréation ou à la fin des cours, alors que tous les élèves des classes de l’établissement étaient en train de sortir! Il m’arrivait des fois de sécher les cours pour la conduire à l’hôpital et lui rendre visite. Même le jour de ma soutenance devant un jury pour l’obtention de mon diplôme professionnel, elle était en rechute et avait quitté la maison deux jours avant. Comme si cela ne suffisait pas, ses traitements psychiatriques l’ont fait contracter le diabète et l’hypertension. Dépassé à plusieurs reprises, il m’est plusieurs fois arrivé d’en vouloir à ma mère parce que je voyais mon avenir compromis à cause de ma surcharge, et cela, même si je savais qu’elle n’avait pas choisi de tomber malade et qu’elle se battait elle-même pour sa guérison.

J’ai assumé cette lourde responsabilité pendant près de 15 ans, jusqu’à son décès. Il m’a fallu du courage, de la détermination, et un soutien de la part des uns et des autres pour porter ce fardeau écrasant pendant si longtemps et obtenir néanmoins mon premier diplôme professionnel. Mais je reconnais aujourd'hui que cette situation si pénible a fait de moi l'homme persévérant, travaillant et courageux que je suis aujourd'hui.

Si toi aussi, tu prends soin d’un parent qui souffre d’une maladie mentale, sache que nous sommes là pour toi. N’hésite pas à remplir le formulaire ci-dessous, et un membre de notre équipe te répondra d’ici peu.

Source de la photo : UNMEER/Martine Perret