RETOUR À LA CASE ZÉRO

Dix ans, j’étais en rémission depuis dix ans ! Mon oncologue s’était réjouie avec moi lorsque les résultats d’analyses de sang de mon bilan annuel n’avaient plus rien indiqué d’anormal. Puis elle avait souri : « Je n’utilise pas le mot “guérison” parce qu’il y a toujours un risque que votre lymphome revienne, mais après dix ans, je suis assez optimiste que ce ne sera pas le cas. »

C’était le 1er mai. La dernière semaine du même mois, j’ai commencé à ressentir d’étranges douleurs au ventre. On aurait dit des crampes menstruelles, mais j’avais subi une hystérectomie complète des années auparavant. Le 1er juin, les douleurs ont soudainement empiré. Je me suis donc rendue aux urgences pour ce que je croyais être une appendicite. Le médecin m’a fait faire un scan de l’abdomen.

En attendant les résultats, je me demandais si je pourrais me remettre d’une appendicectomie en une semaine afin d’accompagner mon mari pour un voyage d’affaires. Après sa conférence, nous avions prévu de voir nos deux fils et leurs familles. Notre dernier petit-fils n’avait que trois mois, et je ne l’avais vu qu’une fois.

Le médecin urgentiste et l’infirmière sont entrés dans la pièce avec un air grave. « Tous les ganglions lymphatiques de votre abdomen sont enflés » a-t-il dit sur un ton solennel. L’infirmière s’est rapprochée de moi au cas où je m’évanouisse. Je suis restée consciente, mais j’étais abasourdie ; je faisais de gros efforts pour demeurer posée et lucide. Quand j’avais eu un lymphome au niveau du cou, dix ans auparavant, cela n’avait pas été douloureux. Autre chose qu’un cancer pouvait-il causer un gonflement aussi rapide des ganglions lymphatiques ? Le médecin s’adressa à moi d’un air perplexe : « Vous êtes extrêmement calme face à tout ceci. »

« À quoi bon s’énerver ? » J’ai haussé les épaules pour cacher mes sentiments. « J’ai toujours su que le lymphome pouvait revenir. » Bien sûr, j’étais bouleversée ! Je voulais crier ! Je me sentais trahie par mon propre corps. C’était particulièrement difficile que cela arrive aussi peu de temps après des résultats normaux.

Je devais attendre trois semaines avant de pouvoir revoir l’oncologue. Mon mari et moi étions prêts à entendre le pire : « C’est le stade terminal et tout ce qu’on peut faire, c’est gérer la douleur. »

Ce qui m’effrayait le plus était la vitesse à laquelle les choses évoluaient. La douleur augmentait chaque jour pendant que j’attendais les examens et les rendez-vous. La souffrance était devenue si atroce en si peu de temps que j’ai dû augmenter les doses d’opiacés pour la contrôler. C’était aussi intense que de fortes contractions très rapprochées à la dernière phase d’un accouchement.

En tant que croyante, je n’avais pas peur de mourir, mais je ressentais un besoin urgent de mettre de l’ordre dans mes affaires. J’ai rédigé ma nécrologie. J’ai adressé des lettres à mon mari, mes fils, mes belles-filles et mes trois petits-enfants. Ils étaient tous si jeunes et l’idée qu’ils n’aient aucun souvenir de moi me brisait le cœur. Mon mari a annulé son voyage d’affaires, mais nous sommes allés voir nos fils. J’ai embrassé nos enfants et petits-enfants comme si je leur faisais mes adieux. J’ai achevé la rédaction d’un roman que je m’apprêtais à envoyer aux éditeurs. J’étais persuadée que j’allais mourir ; j’ai trouvé une couverture pour le livre et je l’ai publié moi-même en guise de cadeau d’au revoir à ma famille et mes amis.

Finalement, nous avons rencontré l’oncologue. Je ne l’avais jamais entendue jurer auparavant, mais elle l’a fait parce qu’elle était en colère que le lymphome soit revenu alors qu’on allait célébrer dix ans de rémission dans un mois. Elle pensait que ce n’était que le stade 3 ; toutefois je devais faire une biopsie pour déterminer le type de lymphome, afin qu’elle puisse prescrire la chimiothérapie adaptée.

J’avais l’impression d’être prisonnière d’un cauchemar.

Ma douleur s’intensifiait de jour en jour ; l’oncologue m’a prescrit un opiacé plus fort et j’ai dû augmenter la dose rapidement. Pendant ce temps, l’une des infirmières du département de chimiothérapie faisait un bras de fer avec la compagnie d’assurance pour accélérer l’obtention d’un timbre cutané contre la douleur afin que je n’aie pas à prendre autant d’opiacés. J’avais l’impression d’être prisonnière d’un cauchemar.

Pour compliquer les choses, le radiologue, qui avait inséré mon cathéter, a refusé de faire la biopsie. C’était « trop risqué » selon lui, puisque les ganglions lymphatiques étaient enroulés autour de mon aorte abdominale. Cela n’a fait qu’accroître mon anxiété !

Après la biopsie du 3 juillet, j’ai dû passer la nuit à l’hôpital. J’ai eu du mal à convaincre les infirmières que ma douleur était atroce. Finalement, j’ai eu une idée soudaine et j’ai dit : « Ce n’est pas l’incision chirurgicale, mais le cancer qui cause la souffrance. » C’était là les mots magiques !

D’après mes dix années d’expérience, je savais qu’aussitôt que la chimiothérapie toucherait le lymphome, les ganglions lymphatiques rétréciraient et la douleur disparaîtrait. Lorsque j’ai appelé l’oncologue pour obtenir un rendez-vous, la réceptionniste m’a dit : « Elle part en vacances pour deux semaines. » J’avais l’impression que j’allais mourir et que tout le monde s’en moquait ! J’ai réussi à avoir un rendez-vous plus rapidement et la chimiothérapie a commencé la semaine suivante. En deux jours, j’ai pu arrêter tous les antidouleurs.

Maintenant que c’en était fini avec la souffrance et les opiacés, je pouvais me concentrer sur la lutte contre le cancer. Après avoir vécu six semaines d’horribles douleurs, gérer les effets secondaires de la chimiothérapie semblait facile. Je n’aurais jamais pensé utiliser les mots « facile » et « chimio » dans la même phrase !

C’est particulièrement terrifiant lorsqu’un cancer récidive de manière inattendue, alors que tout indiquait qu’il avait disparu définitivement. On ne peut s’empêcher de se demander : « Pourquoi moi ? Une fois n’était-elle pas suffisante ? » Mais le dicton qui dit : « Ce qui ne te tue pas te rend plus fort » est fondé. Ayant vécu cela de nouveau et ayant encore une fois vaincu la maladie, je peux attester que c’est vrai.

Je suis une fois de plus en rémission depuis des années et je crée des souvenirs avec mes petits-enfants. Survivre à deux reprises au cancer m’a motivée à aider ceux qui traversent la même épreuve. C’est inattendu, non désiré et c’est injuste, mais il est possible de passer à travers… une fois de plus. Si tu vis une récidive du cancer et que tu souhaites en parler à quelqu’un, remplis le formulaire ci-dessous. Quelqu’un de notre équipe serait ravi de t’écouter. Tu n’as pas à vivre cela seul.

Source de la photo Ken Treloar

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