ALLER-RETOUR DE PRISON

J’étais de nouveau à l’isolement — j’envisageais de me suicider, seul avec des pensées que je ne pouvais plus garder enfouies. J’avais de profonds regrets pour ce que j’avais fait et celui que j’étais devenu. Si je continuais sur cette voie, je savais que je blesserais plus de gens et que je serais bientôt mort. Cependant, c’est une peur plus grande que toutes les autres qui m’a secoué.

Et si je ne revoyais jamais ma fille?

Elle avait deux mois et demi lorsque j’ai été arrêté et peu après, j’ai été envoyé en prison. Il n’y avait pas eu une seule visite en deux ans. Je ne supportais pas l’idée qu’elle grandisse sans père comme je l’avais fait, ou qu’elle apprenne à appeler un autre homme « papa » — surtout que j’étais derrière les barreaux avec quelques pédophiles.

Seul dans cette cellule de deux mètres sur trois, j’ai rendu les armes : j’ai décidé de m’engager à réellement changer ma vie, quoi qu’il en coûte. J’étais déterminé à faire à nouveau partie de la vie de ma fille. J’étais prêt à me battre bec et ongles pour que cela arrive.

J’ai encore des cicatrices au dos à cause des coups que j’ai reçus.

Dès mon jeune âge, j’ai commencé le cheminement qui m’amènerait en prison. Comme j’étais un enfant très têtu et très déterminé, je faisais tout ce que je voulais et je me fichais de ce que ma mère disait. Aucun renforcement négatif ne fonctionnait avec moi. J’étais un enfant sournois. Je n’aimais ni l’autorité ni les blancs et je ne respectais pas les femmes. Cela m’a causé des ennuis dès mon entrée à l’école. Comme je m’ennuyais et que j’aimais provoquer, j’ai fini par fréquenter deux écoles maternelles - et j’ai reçu mon lot de punitions à la maison. En fait, à la fin de mes études, j’avais déjà fréquenté trois écoles primaires, trois collèges et deux lycées.

Souvent, mes punitions étaient plus que de simples fessées. La famille de ma mère avait un style d’éducation très autoritaire. Les questions étaient interdites, ainsi que les réponses impertinentes. Il fallait obéir au doigt et à l’œil, sinon… et essayer de se débattre ne faisait qu’empirer la situation. J’ai été battu avec tout : rallonges électriques, fils de téléphone, et autres objets de la maison. Je me souviens d’avoir eu des ennuis à l’école et de rentrer à la maison en pensant que j’allais recevoir une fessée tout de suite. Non, ma mère attendait jusqu’à l’heure du bain pour que je sois dévêtu. Et ce n’était pas seulement ma mère; mes grandes tantes m’ont aussi sévèrement puni. J’ai encore des cicatrices au dos à cause des coups que j’ai reçus.

Je crois que j’ai vécu une sorte de mort pendant mon enfance. J’ai étouffé l’enfant en moi et je ne me souciais vraiment de rien ni de personne. Je ne me souviens pas d’avoir été un enfant comme mes camarades de classe. J’étais pressé de grandir pour sortir de la maison.

Je ne savais pas qui était mon vrai père pendant la plus grande partie de mon enfance, bien que j’aie eu un beau-père — le père de ma sœur. Il travaillait dans la construction à l’extérieur de la ville et ne rentrait à la maison que certaines fins de semaine. Quand il revenait, il était souvent très dur. Il me punissait à nouveau, même si ma mère l’avait déjà fait.

Elles ont commencé par me demander si je trouvais qu’il me ressemblait, puis elles m’ont dit directement : « Darryl n’est pas ton oncle. C’est ton père. »

Quand j’ai eu 12 ans, ma grand-mère, ma mère et ma tante m’ont dit : « Nous avons quelque chose d’important à te dire. » Puis elles ont commencé à me montrer des photos de cet homme que je connaissais sous le nom d’oncle Darryl. Il venait parfois chez ma grand-mère pour lui rendre visite. Elles ont commencé par me demander si je trouvais qu’il me ressemblait, puis elles m’ont dit directement : « Darryl n’est pas ton oncle. C’est ton père. »

J’étais confus. Je ne comprenais pas. Je n’avais aucun lien ou attachement émotionnel envers lui. Il ne m’avait jamais emmené faire une activité. Je n’avais jamais vraiment pensé à qui était mon vrai père. J’avais accepté mon beau-père comme père même si je ne l’aimais pas beaucoup, mais après cette révélation, j’ai commencé à vouloir en savoir plus sur mon vrai père et le connaître.

Durant la même période, j’ai eu beaucoup de mésaventures. Pendant deux ans, j’ai fugué de chez moi et j’ai été envoyé dans des refuges pour jeunes et des centres de détention. Cela a permis à mon père de ne pas s’impliquer; je ne sais pas s’il le désirait vraiment. Quand j’ai eu 13 ans, il a fait des efforts, mais à ce moment-là, je vivais périodiquement dans des maisons pour jeunes.

Je ne voulais pas être un père comme le mien l’avait été.

Je volais des vélos, je traînais avec des jeunes plus âgés qui faisaient partie d’un gang. Mes choix me conduisaient sur un mauvais chemin. Je me souviens d’un incident en particulier. J’avais trouvé un tas de marijuana dans un fossé et je l’avais ramené à la maison, mais ma mère l’a trouvé sans que je le sache. Elle m’a dit qu’elle devait aller au poste de police pour régler quelque chose et que je devais venir avec elle. Mais quand elle est arrivée, elle leur a montré sa découverte et m’a mis dans le pétrin avec la police.

Honnêtement, je pense qu’elle avait juste peur et qu’elle essayait de me protéger. C’était une bonne dame qui ne fumait pas, ne buvait pas et ne faisait pas la fête du tout. Cela l’inquiétait beaucoup que je traîne avec de si mauvaises personnes. Elle pensait que je pouvais devenir dépendant ou mourir. Avec le recul, je ne lui en veux pas, mais à l’époque j’étais vraiment en colère. Elle me disait : « Preston, tu peux tout me dire. » Mais ensuite, elle continuait à faire des rapports de fugue sur moi, à appeler la police et à me faire renvoyer au centre de détention.

Je me souviens qu’un jour j’ai desserré tous les boulons des pneus de la voiture de ma mère parce que je me sentais trahi. Je voulais lui faire du mal comme elle m’en avait fait. Je ne connaissais pas d’autre moyen. Le lendemain, elle a fait son long trajet habituel pour se rendre au travail, mais heureusement, les pneus sont tous restés en place. J’ai été tellement stupide. Elle aurait pu avoir un accident et mourir.

Comme j’allais et venais tellement souvent dans les centres de détention et de traitement, les gens n’ont pas été surpris quand j’ai été envoyé pour la première fois en prison en 2003 à l’âge de 18 ans. J’ai été reconnu coupable d’avoir vendu et consommé de la drogue et j’y suis resté pendant quatre ans.

Quand je suis sorti, je voulais changer, mais c’était difficile parce que tout le monde que je connaissais vendait encore de la drogue, fumait, buvait et faisait du tapage. Peu après ma libération, j’ai rencontré une jeune femme et nous avons eu une fille en 2008. Je voyais mes amis s’occuper de leurs enfants en vendant de la drogue, alors c’est ce que j’ai fait.

Quand elle n’était qu’une enfant, je me suis fait arrêter « au hasard » et l’agent a trouvé trois onces d’herbe dans mon véhicule. J’ai été accusé de possession avec intention de livrer et j’ai été renvoyé en prison à l’âge de 23 ans. Comme j’avais des antécédents, j’ai été condamné à 15 ans de prison.

C’est ainsi que deux ans plus tard, alors que j’étais en isolement cellulaire pour m’être battu, je n’avais personne d’autre à blâmer que moi-même. Je pouvais voir où mes choix m’avaient mené toute ma vie. C’est à ce moment que tout s’est brisé en moi.

Deux mois plus tard, j’ai appris que la mère de ma fille avait demandé un formulaire de visite pour que ma fille puisse venir me voir avec ma tante. J’ai vu ma fille pour la première fois en plus de deux ans. Lors de cette première visite, elle s’est assise près de moi tout le temps, mais n’a pas dit grand-chose. Elle ne me connaissait pas encore vraiment. Mais être avec elle m’a rendu encore plus déterminé à changer de comportement et à faire partie de sa vie.

Je ne voulais pas être un père comme le mien l’avait été. Je savais que c’était un choix que je devais faire. Je pourrais commettre à nouveau des erreurs terribles, mais ma fille grandirait alors sans père, ou pire, elle saurait que je suis son père, mais que je ne viendrais jamais la voir. Elle pourrait penser que je ne l’aimais pas ou que je ne tenais pas à elle. Les enfants font des suppositions. Je sais que je l’ai fait. Je suis sorti en 2012, mais quand j’ai refusé de me remettre avec la mère de ma fille comme elle l’espérait, elle l’a éloigné de moi. J’ai donc travaillé pour payer la pension alimentaire et les soins de santé d’une enfant que je ne pouvais même pas voir.

Je n’avais pas encore les moyens de me payer un appartement pour que ma fille vienne me rendre visite, alors j’ai trouvé un travail bien payé et j’ai loué une maison avec deux chambres. J’en ai aménagé une avec un lit, des jouets et des vêtements que j’ai achetés pour ma fille. Ensuite, je suis allé au tribunal et je me suis représenté moi-même. Le processus a duré 18 mois, mais j’ai réussi à surmonter les objections les unes après les autres et j’ai finalement obtenu la garde partagée. Ma fille passe une semaine sur deux avec moi maintenant.

Elle ne sera pas sans père. C’est une joie et un plaisir de faire partie de sa vie et de la voir grandir, et de savoir que l’homme que je suis maintenant est le genre de personne qu’elle recherchera quand elle voudra trouver un homme. Je ne suis pas parfait, mais je pense que je suis devenu un très bon père.

Peut-être que, comme moi, tu n’as pas vraiment eu de père et que tu as fait de mauvais choix. Si tu vois ta vie devenir incontrôlable et que tu voudrais la changer, je t’encourage à demander de l’aide. Il est tellement important d’avoir des gens dans nos vies pour nous aider à croire qu’une vie meilleure est possible - que nous pouvons changer, un bon choix et un jour à la fois. Nous avons des mentors confidentiels et gratuits qui aimeraient cheminer avec toi et t’encourager à faire un pas vers un meilleur avenir. Laisse tes coordonnées ci-dessous et un membre de notre équipe communiquera avec toi sous peu.

Tu n’as pas à affronter ça tout seul. Parlez à un mentor, c’est confidentiel.

Source de la photo Johnny Silvercloud