QUAND IL N’Y A PAS DE REMÈDE

J’ai toujours l’impression d’être un monstre quand je dis qu’élever ma fille a été difficile dès le premier jour.

Jolene n’a jamais été un bébé joyeux et souriant. Elle ne cessait de pleurer que lorsqu’elle était endormie ou lorsqu’elle était dans une balançoire. Rien de ce que je faisais ne pouvait soulager ses incessantes coliques ; elle refusait mon lait maternel alors que j’avais allaité son frère sans difficulté. Je me sentais terriblement coupable. Je ne pouvais ni nourrir mon enfant ni soulager sa douleur. Je n’avais même pas de moments de plaisir avec ma fille, et ça, c’était le pire de tout.

Une fois les coliques passées, elle a été sujette à de multiples infections de l’oreille et a subi plusieurs interventions chirurgicales avant l’âge de trois ans. Ses problèmes auditifs ont conduit à un retard de la parole. Dans une maternelle spécialisée pour enfants malentendants et souffrant de troubles de la parole, on lui a diagnostiqué un trouble déficitaire de l’attention (TDA), qui ressemblait plus à un trouble d’apprentissage qu’à un trouble mental. Oui, c’était difficile et stressant, mais pas aussi incapacitant que la schizophrénie ou le trouble bipolaire.

Comme ma fille parlait mieux et que ses médicaments pour contrer les effets du TDA fonctionnaient bien, j’espérais qu’elle retournerait à la maternelle. Cependant, elle avait déjà été étiquetée comme quelqu’un de « spécial ». Durant cette année de maternelle, Jolene s’est enfuie de la maison à plusieurs reprises. J’ignorais totalement pourquoi. Enfant, j’avais été victime d’abus sexuels, alors je me suis questionnée au sujet de Jolene. Cependant, quand j’essayais de parler avec elle sans rien insinuer, elle ne me donnait aucun indice.

La réalité de l’inceste et d’une maladie psychologique grave et indéniable est devenue apparente lorsque nous avons déménagé — toujours en famille — dans une autre ville. Jolene s’est enfuie et a confié à la police que son père l’agressait sexuellement. Notre famille s’est effondrée. Les enfants nous ont été retirés. Je me suis séparée de mon mari et nous avons divorcé un an après.

Jolene est revenue à la maison avec moi pour quelque temps, mais sa situation s’est rapidement détériorée si bien qu’il lui est arrivé de déféquer au sol à l’école. Je n’ai plus douté du fait qu’elle avait été abusée. Comment aurais-je pu ? Rien d’autre ne pouvait expliquer son comportement.

Jolene avait tellement de problèmes dès la naissance ; les agressions qu’elle a subies ne pouvaient qu’empirer la situation.

Comment était-il possible que je n’aie rien vu ? Je me suis tellement blâmée à ce sujet. Finalement, ce n’était pas cela qui était important : nous devions toutes les deux faire face aux conséquences. Jolene avait tellement de problèmes dès la naissance ; les agressions qu’elle a subies ne pouvaient qu’empirer la situation.

Mon fils a passé quelques mois dans un hôpital psychiatrique avant d’être placé dans un foyer d’accueil thérapeutique, où il est plus ou moins resté. Ma fille aurait pu suivre un chemin semblable, mais j’ai accepté l’explication qu’on m’a donnée en me disant qu’elle s’adapterait mieux si elle passait plus de temps dans un foyer pour enfants. Elle a fait beaucoup de progrès là-bas, mais cela l’a menée à une vie en institutions.

J’étais en thérapie trois fois par semaine (une rencontre individuelle et deux en famille). Ces premières séances de thérapie m’ont aidée à comprendre l’étendue des agressions que mes enfants ont subies. Jolene a fait des dessins et les a expliqués. Si le moindre doute planait encore, il s’est envolé.

De retour à la maison, Jolene a fréquenté une école spécialisée pour enfants ayant des troubles émotionnels et d’apprentissage. C’était la première fois que j’étais confrontée à la dure réalité qu’elle ne pourrait jamais être « guérie ». Jolene ne serait jamais libérée de ses troubles bien qu’elle ait appris à les contourner.

Elle a continué à fuguer de la maison, ce qui a brisé mon cœur et m’a presque fait mourir de peur. Puis, Jolene a commencé à progresser et a eu du succès dans un emploi d’été, mais cela a cessé lorsqu’elle a été placée dans une classe spécialisée pour élèves en difficulté au milieu de l’année scolaire : sa scolarisation a cessé à partir de ce moment. J’ai finalement renoncé au rêve de la voir agir comme une personne de son âge, mais j’avais toujours espoir qu’elle serait heureuse à sa façon.

Il a fallu attendre longtemps avant de recevoir un diagnostic précis pour la maladie mentale de Jolene. Elle était déjà à la fin de son adolescence quand on a déterminé que son problème majeur était un trouble de la personnalité borderline (TPB). Je me suis efforcée de mieux comprendre et ce que j’ai appris était effrayant. La thérapie et les médicaments pouvaient aider, mais c’était l’une des maladies les plus difficiles à traiter et l’une des plus difficiles pour la cohabitation.

Quand Jolene a atteint l’âge adulte, les choses ont semblé s’améliorer. Les services de santé mentale pour adultes ont pris le relais et ils lui ont permis de vivre de la manière la plus indépendante possible. Elle est allée de foyer d’hébergement en foyer d’hébergement, jusqu’à ce qu’elle prenne un appartement ordinaire, s’alimente elle-même et s’épanouisse dans une relation amoureuse stable avec son copain. Elle a essayé quelques emplois, mais aucun n’a abouti. Même si elle rêvait à mieux, elle arrivait déjà à avoir du succès en menant une vie « normale ».

Durant cette période, nous nous voyions environ une fois par semaine et elle assistait à des thérapies de groupe où on lui apprenait différentes manières d’affronter le trouble de personnalité bordeline. Le groupe ne l’a pas aidée beaucoup — environ un an avant sa mort, elle a cessé de prendre tous ses médicaments avec l’aide de son thérapeute.

Quelques jours avant ses 24 ans, alors que nous avions planifié sa fête d’anniversaire le jour même, Jolene s’est ôté la vie. Rien ne laissait présager cela.

Je ne comprends pas plus le
« pourquoi » aujourd’hui, qu’à l’heure où j’ai commencé à soupçonner qu’elle était partie.

Je sais que j’ai été loin d’être une maman parfaite et je regrette certaines choses que j’ai dites ou faites. Pourtant, j’ai fait de mon mieux. Je réalise à présent que même un parent parfait n’aurait pas pu guérir les problèmes de Jolene. Malgré tout, j’ai la paix face à sa mort et j’apprécie le fait qu’elle n’ait plus à lutter contre tous ses problèmes — mais je ne comprends pas plus le « pourquoi » aujourd’hui, qu’à l’heure où j’ai commencé à soupçonner qu’elle était partie.

Sa mort n’était ni prévisible ni inévitable. Les histoires ne se terminent pas toutes comme la nôtre. Je suis reconnaissante pour la paix que j’ai et pour les témoignages que m’ont partagés ceux qui sont passés par une situation similaire.

Nos années ensemble n’étaient pas faciles ou amusantes, mais nous nous aimions profondément. J’ai souvent dit à Jolene que j’apprenais plus d’elle que ce qu’elle apprenait de moi. Nous avions même notre propre langage d’amour où « Emahay » signifiait « Je t’aime ». Je suis si reconnaissante pour le temps que nous avons passé ensemble.

Si l’un de tes enfants s’est enlevé la vie, ou si ton enfant a tenté de mettre fin à ses jours, sache que tu n’es pas la seule personne à vivre cela. Je t’encourage à t’ouvrir et à parler à quelqu’un qui peut t’écouter et te soutenir dans ce cheminement. Remplis le formulaire ci-dessous et un membre de notre équipe te contactera très bientôt.

Source de la photo Aaron Burden

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