LE DÉFI ÉMOTIONNEL

L’été dernier, mon beau-fils a été intercepté en possession de drogues en Floride et envoyé en prison. Nous avons fini par parler au téléphone et nous avons eu une conversation incroyable, tous les deux en pleurs à nous demander pardon mutuellement. Une véritable guérison a eu lieu. Nous avons fait tellement de chemin depuis notre première rencontre lorsqu’il était enfant.

C’était une matinée ensoleillée et froide de février. Une belle blonde et ses deux petits garçons aux cheveux foncés entraient dans le vestibule du bâtiment où j'étais. J’ai tout de suite su dans mon esprit qu’elle était la femme que j’allais épouser.

Nous nous sommes mariés en décembre de la même année. Ses garçons avaient 2 et 4 ans à l’époque. Je n’avais pas d’enfants moi-même, mais d’autres se sont rapidement ajoutés à notre foyer.

En nous mariant, nous étions très optimistes. Tout irait pour le mieux. Nous étions amoureux. J’avais la conviction que je devais traiter tous les enfants de la même façon. Pour moi, nous étions tous une seule famille.

Mais les blessures du premier mariage de ma femme n’ont pas tardé à faire surface. Des gestes routiniers que je considérais comme normaux pouvaient déclencher chez elle la peur d’être trahie. Elle se rappelait que lorsque son ex avait rendez-vous avec une autre femme, il s’habillait proprement, se rasait et essayait de se montrer sous son meilleur jour. Ainsi, lorsque je me préparais le matin pour mon poste au gouvernement, des souvenirs douloureux et des doutes surgissaient parfois en elle. Pourrais-je aussi la trahir?

Je n’étais vraiment pas préparé pour ce défi émotionnel. J’étais blessé et j’étais en colère parce qu’elle me pensait capable d’avoir une liaison. Je crois que cela a affecté mon rôle de beau-père. Ma propre douleur me rendait parfois trop sévère dans mes réprimandes ou mes corrections à l’égard des garçons. J’aurais aimé pouvoir mieux gérer mes émotions et ouvrir mon cœur pour comprendre la souffrance qu’elle et les garçons expérimentaient.

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Il y avait eu une telle perte. Une grande partie de leur âme a été éviscérée lorsque leur famille a été déchirée. J’amenais parfois l’aîné de mes beaux-fils en voiture et je pouvais voir qu’il y avait beaucoup de choses sous la surface — surtout un sentiment de trahison à cause de son père. Mais en tant que beau-père, je ne pensais pas que c’était à moi de l’aider à gérer cela.

Je savais que je ne pouvais pas remplacer leur père. J’ai essayé d’être là et de les soutenir du mieux que j’ai pu, mais je savais que je ne pourrais jamais combler ce vide. Malgré le fait que nous riions et nous amusions ensemble, ce n’est pas comme s’ils avaient pu le faire avec leur père. Maintenant, je comprends l’importance d’aider les beaux-enfants à vivre ces moments avec leur père biologique, si c’est possible.

À un certain moment, j’ai même réalisé qu’il poussait son fils à entrer en conflit avec moi.

Les premières années, les garçons allaient chez leur père tous les trois week-ends. Je faisais toujours les échanges. C’était difficile de les laisser partir, car je n’étais pas convaincu que leur bien-être était une priorité dans l’autre foyer. J’ai commencé à faire des spéculations et à me méfier de ce qui s’y passait. Par exemple, même si les avocats lui disaient de ne pas le faire, leur père répétait continuellement aux enfants qu’ils devraient vivre avec lui et il cherchait à les influencer.

À un moment donné, il m’a demandé de changer le lieu de l’échange afin que ce soit plus pratique pour eux. Après plus de six heures coincé dans la circulation à cause du nouvel itinéraire, je suis parvenu au point de rencontre en retard et ils étaient déjà partis. « Tu n’es pas venu », ont-ils dit. J’ai donc refait le voyage de six heures deux jours plus tard, à leur grande surprise. J’étais déterminé à ne pas les laisser saboter nos arrangements familiaux.

En tant que beau-père, on devient souvent un défi pour le père biologique — en faisant des choses qu’il pense qu’il devrait faire. Il peut commencer à transférer sa colère sur vous. À un moment, j’ai même réalisé qu’il poussait son enfant à entrer en conflit avec moi. Ce n’était pas du tout le caractère de mon beau-fils. J’avais l’impression qu’il exploitait la vulnérabilité et la loyauté de son fils.

Lorsque les garçons ont finalement déménagé pour vivre avec leur père à la fin de l’adolescence, ils ont commencé à se droguer et à avoir d’autres comportements destructeurs. Je savais que leur père me mentait par moments. J’avais beaucoup de difficulté à ne pas avoir de ressentiment et de colère dans mon cœur. La seule chose qui m’a aidé, c’est la prière. C’est moins facile de haïr quelqu’un pour qui j’ai prié. Je n’allais pas laisser ma frustration faire du mal à mon âme et à ma famille.

La relation avec mes beaux-fils s’est grandement améliorée; il y a eu une guérison considérable. Mais il y a encore des moments où je suis le paratonnerre de leur douleur et de leur colère. Je comprends cela, donc je ne m’apitoie pas sur mon sort en m’imaginant que c’est la dernière fois. Cela va se reproduire; je dois accepter leur propre progression dans la vie.

Être détaché aurait été beaucoup plus facile, surtout sur le plan émotionnel, mais l’amour que j’ai pour les enfants m’en a empêché.

J’aimerais pouvoir revenir en arrière et effacer certaines journées; faire disparaître certaines attitudes et approches. J’aurais probablement dû essayer de me détendre un peu plus et de ne pas être si méfiant, mais j’avais cette passion et cette préoccupation pour les garçons, et je l’ai toujours. Être détaché aurait été beaucoup plus facile, surtout sur le plan émotionnel, mais l’amour que j’ai pour les enfants m’en a empêché. D’un autre côté, en m’impliquant, j’ai quelques fois voulu trop contrôler les évènements. Au lieu de respecter les décisions de ma femme et des garçons, j’ai parfois imposé mes points de vue plus que j'aurais dû le faire.

J’en suis venu à réaliser l'importance de tirer profit de l’aide disponible afin de naviguer dans toutes les émotions, la douleur et la confusion. Une personne neutre de l’extérieur peut vraiment vous aider à faire le point pour que vous puissiez faire des choix que vous ne regretterez pas plus tard. Si vous ne vous sentez pas à la hauteur en tant que beau-père, sachez que vous n’êtes pas seul. C’est un rôle incroyablement difficile qui semble souvent impossible. Si vous laissez vos coordonnées ci-dessous, l’un de nos mentors bénévoles communiquera bientôt avec vous pour vous offrir encouragement et soutien confidentiels.

Source de la photo lola media