Vous êtes-vous déjà tournée vers un être cher pour lui dire : « Si tu m’aimais, tu le ferais »? Ou encore, avez-vous déjà terminé une phrase ainsi, en soupirant profondément : « Ne te fais pas de soucis pour moi »? Si oui, il se peut fort bien que vous utilisiez la culpabilité comme arme. À court terme, l’usage de cette arme peut vous donner ce que vous voulez, mais il s’agit d’une tactique nocive qui peut miner votre relation du fait que l’amour offert est conditionnel.

L’amour conditionnel

Si vous utilisez la culpabilité pour manipuler votre partenaire ou votre ami, vous communiquez l’idée que vous allez cesser de l’aimer s’il ne se plie pas à vos quatre volontés. Vous adoptez une position de pouvoir qui ne peut se maintenir qu’en mettant l‘autre dans une position inférieure. La culpabilité attaque à la fois votre partenaire et votre relation.

Racines de la manipulation

Des propos tels que « si tu m’aimais, tu le ferais » ou « Je ne comprends pas pourquoi tu ne peux pas » servent à déclencher la culpabilité de votre locuteur. De telles phrases imposent des conditions à remplir par votre partenaire s’il veut mériter votre amour. En mettant des conditions à votre amour, vous exprimez des doutes quant à son engagement et exigez des preuves de son amour. Il s’agit là d’une attaque dirigée contre votre partenaire dans le but de l’obliger de manifester son amour comme vous le voulez s’il veut demeurer dans vos bonnes grâces.

La manipulation détruit la confiance

La manipulation est une attaque personnelle qui nuit à l’autre. Elle est une mesure disciplinaire ayant comme but de faire souffrir l’autre pour la faire changer son point de vue ou son comportement. Mais ce recours à la culpabilité de l’autre détruit la relation en minant la confiance. Comment une personne peut-elle continuer à se fier à quelqu’un qui la blesse intentionnellement?

Il est impossible de vivre une relation saine sans confiance, car l’intimité ne peut s’établir que dans un climat de confiance. C’est le fondement nécessaire à l’honnêteté, à la transparence et à la vulnérabilité.

Il est impossible de développer une vraie intimité avec une personne qui présente une menace pour nous.

Le refus de pardonner est une forme de manipulation

Une des manières les plus douloureuses d’utiliser la culpabilité comme forme de manipulation est de rappeler à l’autre ses anciennes erreurs. C’est dire à l’autre que tous ses efforts pour corriger ses offenses ne pourront jamais suffire à gagner son pardon. Mentionner des fautes passées dans le but d’inciter un sentiment de culpabilité dans le cœur de l’autre est un moyen de punition cruel. C’est choisir de le torturer continuellement et de l’empêcher de se libérer de l’offense. C’est le contraire de l’amour. Aimer quelqu’un, c’est lui pardonner. Si vous êtes incapables de pardonner les offenses de cette personne, il est inutile de persévérer dans la relation. Cela ne peut tout simplement pas marcher : un manque de pardon rend toute vraie intimité impossible.

Pourquoi utilisons-nous la culpabilité comme arme?

La manipulation est toujours un acte de violence verbale. Cela peut se faire passer pour de « l’honnêteté brutale », mais vouloir que l’autre se sente coupable, c’est vouloir le blesser, le meurtrir et le faire céder. Ce genre de manipulation vise à faire souffrir l’autre personne pour qu’elle fasse ce que nous voulons. Alors, pourquoi nous en servons-nous?

Nous utilisons la manipulation lorsque nous nous sentons menacés, non aimés ou non valorisés. Il se peut que nous nous sentions fragiles à cause d’évènements passés. Nous avons l’impression que toute relation est faite de luttes à gagner. Et alors, nous cherchons à manipuler l’autre pour contrôler la situation et en sortir gagnants.

Malheureusement, la manipulation de l’autre ne nous donnera jamais ce que nous recherchons réellement : une relation d’amour durable. Alors que nous désirons construire l’intimité, le recours à la manipulation a l’effet contraire : cela nous éloigne l’un de l’autre.

Une relation saine n’est pas une lutte de pouvoir. Chacun des partenaires s’intéresse sincèrement au bien-être de l’autre et offre un amour inconditionnel, constant. Dans un tel contexte, il n’y a aucun besoin de menaces ou d’attaques. Chacun des partenaires peut être ouvert et honnête dans un climat d’amour et de respect.

Mettre fin à la manipulation

Si vous vous rendez compte que vous utilisez la culpabilité comme arme dans votre relation, cherchez à mieux comprendre pourquoi vous agissez ainsi. La réponse se trouve en vous-même et non auprès de votre partenaire. Vous sentez-vous menacé par cette personne? Si oui, pourquoi? Y a-t-il une offense passée que vous ne pouvez pas lui pardonner? Avez-vous de bonnes raisons de craindre quelque chose? Avez-vous des difficultés à vous fier aux autres? Manquez-vous d’amour propre? Avez-vous l’impression que la relation évolue trop rapidement? Prenez le temps d’analyser la cause de votre peur et demandez-vous :

Si, au contraire, c’est votre partenaire qui se sert de la culpabilité comme arme contre vous, cherchez à comprendre pourquoi vous la laissez vous traiter ainsi. L’amour n’est pas censé faire mal. Si vous avez commis une offense par le passé, cela n’autorise pas votre partenaire à vous le reprocher à tout jamais. Pour que la relation persiste de manière saine, il faut se pardonner et se réconcilier après chaque offense. Si cela n’est pas possible, cela peut signifier que vous ne pouvez plus être ensemble; mais il vaut mieux être seul que dans une relation malsaine. Si vous avez l’impression que vous méritez ces mauvais traitements, je vous encourage à consulter un psychologue pour découvrir les racines de cette vision malsaine de vous-mêmes.

Une relation ne vaut la peine d’être vécue que lorsque les deux partenaires s’aiment vraiment. Lorsque la culpabilité est utilisée comme arme, l’amour se dissipe rapidement et l’intimité devient impossible. L’intimité exige un amour inconditionnel marqué par le pardon et la réconciliation. Un tel amour bannit l’usage de toute forme de manipulation fondée sur la culpabilité ou le remords.

Cela implique des choix conscients et des efforts de la part des deux partenaires. Mais cela en vaut la peinee.




Auteur de cet article: Claire Colvin.

Source de la photo: Lauren Rushing